L’égalité entre les femmes et les hommes passe par la pénalisation du client

L’égalité entre les femmes et les hommes passe par la pénalisation du client

Campagne Abolition 2012 – Action Avril 2015.

L’égalité entre les femmes et les hommes passe par la pénalisation du client de la prostitution.

La date d’examen de la proposition de loi sur le système prostitutionnel a été fixée aux 30 et 31 mars prochains.

Bien que nous soyons très occupé-es actuellement avec les mobilisations autour de la journée du 8 mars, les associations membres du Collectif 2012 ont décidé de faire une petite campagne de sensibilisation et d’influence en envoyant des courriers aux sénatrices et sénateurs dont les idées ne sont pas encore arrêtées, et plus particulièrement, à celles et ceux qui siègent à la commission spéciale qui ont été en partie renouvelés.

logo RUPTURES Lettre adressée aux sénatrices et sénateurs

par le Réseau Féministe « Ruptures » (association loi 1901)

38 rue Polonceau

75018 PARIS

Paris, le 12 mars 2015.

Parce que le Réseau Féministe « Ruptures », membre du Collectif Abolition 2012, partage les points de vues développés par les personnalités féministes qui ont signé le texte ci-dessous, nous vous demandons d’en prendre connaissance avant de participer au vote qui interviendra au Sénat à la fin du mois de mars.

Comptant sur votre engagement, recevez, nos sentiments cordiaux et féministes.

Monique Dental

Réseau Féministe « Ruptures »

monique.dental@orange.fr

tél : 01 42 23 78 15 – 06 73 44 78 65

URL : http://www.reseau-feministe-ruptures.org

L’égalité entre les femmes et les hommes passe par la pénalisation du client

La simple cohérence veut qu’après le droit de cuissage et le harcèlement sexuel (accès sexuel obtenu par le pouvoir), après le viol (obtenu par la force), ce séculaire droit masculin conféré par l’argent, l’achat d’acte sexuel, soit à son tour remis en cause.

Dès les années 1980, les études du sociologue suédois Sven Axel Mansson débusquaient, dans la prostitution, un système fortement conservateur, un « espace homosocial libéré des exigences égalitaires des femmes » où « l’ordre ancien est restitué ». En 2004, la seule enquête nationale jamais menée en France mettait au jour un imaginaire sexuel souvent fondé sur la domination, la violence et la chosification de l’autre.

« Remettre les femmes à leur place »

Manifestations sportives, signatures de contrats, fins de soirée arrosées… Au nom d’une idée – datée – de la virilité, le client achète le pouvoir d’imposer son bon plaisir à des femmes qui se voient ainsi retirer le droit, pourtant chèrement conquis, de lui dire non. En se dédouanant d’un billet, il exprime son appartenance à un monde masculin traditionnel qui entend « remettre les femmes à leur place ».

Ce qui le caractérise, c’est l’indifférence morale. « Quand je mange un bifteck, je ne me demande pas si la vache a souffert », dit l’un d’entre eux, interrogé sur le risque d’exploiter une victime de la traite. « Tu n’as que ça ? », lance un autre à la tenancière d’un bar à hôtesses. Le huis clos prostitutionnel est le lieu emblématique du mépris, voire de la haine des femmes, qui s’expriment sur les forums des sites d’« escort » où les commentaires rivalisent de sexisme et de racisme.

Ce qu’achète le client prostitueur, c’est le droit d’échapper aux règles et aux responsabilités qui fondent la vie en société. Dans la prostitution, il trouve le dernier espace qui le protège du devoir de répondre de ses actes : un territoire d’exception où les violences et humiliations qu’il exerce sont frappées de nullité, au prétexte qu’il a payé. Il est pourtant, comme le montrent toutes les enquêtes, le premier auteur des violences subies par les personnes prostituées : insultes, agressions, viols et même meurtres. Et les travaux actuels montrent qu’il est à la source d’atteintes graves à leur santé physique et psychologique.

Ces mises au jour progressives n’empêchent pas ce consommateur de plus en plus décomplexé de faire son marché dans un vivier de femmes dont les parcours sont marqués par la précarité, les violences, les proxénètes et les réseaux. Faut-il rappeler que le protocole de Palerme (Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, 2000) comme la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains, dite de Varsovie (2005) demandent aux Etats de « décourager la demande » qui est à l’origine de la traite des êtres humains ? Ces textes invitent à adopter des mesures sociales, culturelles, éducatives, mais aussi législatives pour y parvenir.

Exigence de cohérence

Inévitablement, les résistances sont nombreuses. Pour s’opposer à la remise en cause de ce droit séculaire sont invoqués les risques de clandestinité (l’aveu même de la dangerosité du tête-à-tête avec le client !) ou encore le pragmatisme.

Pénaliser les clients n’obéit pas à un goût pour la répression, mais à une exigence de cohérence. Comment se satisfaire du statu quo ? Des personnes prostituées considérées comme des délinquantes, des clients comme des innocents, des étrangères exposées à la menace de l’expulsion quand il faudrait les protéger des réseaux qui les exploitent…

Comment avancer dans la prévention de la prostitution et la création d’alternatives si aucune sanction ne vient responsabiliser ceux qui en sont les moteurs ? A quoi bon multiplier les incantations sur la lutte contre les violences ou l’égalité entre les filles et les garçons, si le droit de les fouler au pied reste préservé dans la prostitution ?

Seule une politique courageuse pourrait faire reculer cet archaïsme indigne de nos démocraties et libérer la sexualité, non seulement de l’ordre moral et de la violence, mais aussi du carcan du marché. Cette révolution culturelle permettrait de mesurer enfin la volonté des hommes de considérer les femmes comme des égales, de leur reconnaître des désirs, le même droit qu’eux au plaisir et une place à égalité dans la société.

Christine Delphy, sociologue

Françoise Héritier, anthropologue

Yvette Roudy, ancienne ministre des droits des femmes

Claudine Legardinier, journaliste

Olympia Alberti, écrivaine

Eva Darlan, comédienne, écrivaine

Florence Montreynaud, historienne

Coline Serreau, cinéaste.

(Extrait journal Le Monde du 28 novembre 2013).

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