69ème session de la CSW69 de l’ONU (Commission du Statut de la Femme)
Communiqué
30 ans de la plateforme finale d’action de Pékin
Premières impressions au retour de New-York. Le Bilan se révèle peu réjouissant et même décevant à différents points de vue : je fais ce constat, forte d’une participation aux Conférences Mondiales depuis 1995, ce qui explique également le bilan pessimiste que je dresse en ce qui concerne l’avancée des droits des femmes dans le monde entier.
Le partenariat du ministère ne suit plus les mêmes règles et le premier jour, la Ministre, lors de l’accueil de la délégation, nous a fortement encouragées à dépasser les clivages du fait de la situation politique mondiale.
La reconnaissance des clivages et l’encouragement à les dépasser est à mon avis une posture trop facile, qui ne prend plus en compte le fait que les associations ne sont plus associées chaque année à la préparation commune de la CSW depuis la première présidence d’Emmanuel Macron ; disparition du partenariat et d’une élaboration concertée du rapport de la France.
A noter qu’au sein de la délégation française, composée de 200 personnes, se trouvait à ma connaissance pour la 1ère fois le MEDEF. C’est dans ces circonstances un marqueur de l’état dans le choix de ses partenaires sociétaux, bien que les entreprises étaient déjà très présentes dans la préparation du Forum GED en 2021 où elles avaient la part belle dans l’intitulé des ateliers qui ont été organisés par les associations féministes. L’intervention manquait totalement de conviction employant un vocabulaire peu combatif et volontairement vidé de tout irritant, ignorant la situation d’inégalité des femmes au travail et des inégalités de salaire entre autres.
Les institutions internationales elles-mêmes sont en régression. Elles ont produit une simple résolution que les Etats ont négocié très péniblement évitant de faire le bilan des 17 chapitres prévues initialement.
Pour tout dire des réunions officielles, nous les avons trouvées insipides, sans intérêt et hélas quasiment inutile. La diplomatie féministe où féminine a brillé par son absence.
Finalement rien de nouveau un climat franchement régressif entretenu par un manque de volonté qui acte les reculs importants que dénoncent les associations féministes dans tous les pays. De nombreux sujets actuels de tension comme la question du climat, portée prioritairement par les jeunes générations au niveau mondial, les droits sexuels et reproductifs (on évite la terminologie IVG à l’ONU) sont absents du texte.
Certaines interventions des délégations étatiques sont plus que régressives : le représentant des Etats-Unis a demandé le retrait du mot « femme » de la résolution et de « gender parity » et ils ont eu gain de cause pour gender parity qui ne figure plus dans le texte de la résolution.
Un texte de résolution finale sans grandes lignes directrices, très fragmenté, peu cohérent qui n’offre pas de compromis réel et qui se caractérise par une mollesse du contenu qui le soumet à la première autorité réactionnaire qui souhaitera l’ignorer.
Je noterai un autre recul concernant la perte de terrain de la francophonie dénoncé les années antérieures est désormais consommée. Fini les traductions dans les cinq langues comme c’était la tradition, les traducteurs licenciés sont remplacés par les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle. Cela renforce les exclusions de femmes de milieux modestes qui œuvrent dans les ONG mais qui n’ont pas fait d’études. Beaucoup de pays africains francophones ne parlent pas l’anglais.
Un acquis semble-t-il à prendre avec prudence le terme de « travailleur du sexe » n’a pas été repris même si les tenant de son inscription étaient présents à NY en faisant des rassemblements devant les bâtiments où se tenaient des side event portant sur le système prostitutionnel. Deux d’entre eux ont essayé d’empêcher le bon déroulement d’un atelier officiel de l’Etat français.
Par ailleurs force est de constater l’écart important, le décalage énorme entre les positions de la délégation étatique française et les ONG qui sont capables d’avancer des nouveaux concepts comme “apartheid sexuel”. La réponse donnée par le négociateur français est qu’il n’était pas possible de reprendre ce terme qui « n’existe pas dans le droit » ! Mais l’apartheid racial existait-il avant son adoption dans les textes internationaux ?
Nous avons encore pu voir se concrétiser les alliances entre les anti-choix IVG, masculinistes, l’extrême droite et les intégristes de toutes obédiences qui sont de plus en plus organisés mondialement pour mener l’offensive contre les droits des femmes.
Malgré tous ces écueils, les rendez-vous des conférences mondiales de l’ONU offrent la possibilité aux femmes de se rencontrer, de retrouver des femmes du monde entier, de confronter leurs situations, de construire des ponts et des réseaux pour analyser les situations respectives et décider ensemble de stratégies et des luttes à mener pour renforcer ou maintenir les droits des femmes.
A l’aune de ces constats nous ne sommes pas certaines que la Commission Femmes de la CSW perdure dans ce contexte très délétère au niveau international. Si c’était le cas ce serait un coup préjudiciable pour la situation des femmes dans le monde.
Tous cés éléments sont factuels mais confirment l’analyse politique à faire de grande régression dans une phase de changement de paradigme des forces dans le monde qui s’oriente vers une économie oligarchique sui veut faire table rase de tout acquis.
Sommes-nous condamné-es à subir un repli important ?
Le combat continue et nous devons agir en concertation avec les institutions et dans le champ des luttes sociales en toute autonomie et indépendance.
Enfin au registre des points positifs on peut relever l’ambiance attentive et chaleureuse des membres de la délégation de la CLEF sous la conduite de Marie, dynamique, pleine d’énergie et attentive aux besoins de chacune ; les ateliers que nous avons organisés ont été intéressants et de bonne qualité.
Il faudra réfléchir à la poursuite de notre travail dans la perspective des échéances onusiennes à l’horizon des ODD 2030 dans lesquelles les prochaines CSW s’inscrivent, ainsi qu’à l’implication des commissions de la CLEF dont le travail doit être davantage décliné dans ses enjeux européens et internationaux.
Enfin, nous pouvons relever l’intervention de la CLEF retenue pour la première fois pour parler en séance d’ouverture de la conférence officielle des États (indiquer le nom exact). C’est sans aucun doute une marque de reconnaissance du travail accompli depuis plusieurs années dans ce domaine.
Paris, 7 mai 2025.
Contact : Monique Dental
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