Disparition de la féministe Monique Antoine-Timsit

Disparition de la féministe Monique Antoine-Timsit

Disparition de la féministe Monique Antoine-Timsit

Monique Antoine-Timsit, avocate, est morte d’un cancer, à l’âge de 82 ans, lundi 23 mars, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Moins de trois mois après le décès de Simone Iff, c’est donc une autre actrice majeure de la lutte des femmes pour la maîtrise de leur corps qui disparaît, dans cette année qui a célébré en janvier le quarantième anniversaire de la loi libéralisant l’interruption volontaire de grossesse (loi Veil).

Ce combat en faveur de l’avortement ne fut pas le premier engagement de Monique Antoine, qui, née le 21 juillet 1933 à Paris, a passé son enfance à Montbel, un petit village de l’Ariège, département où ses parents étaient fonctionnaires des Postes. Avec une licence en droit obtenue à Toulouse, c’est à la fin des années 1950 qu’elle « monte » à Paris où elle trouve un emploi de conseillère juridique dans une banque. En 1960, en pleine guerre d’Algérie, les appelés sont nombreux à traverser la Méditerranée, mais il y a aussi des insoumis et des déserteurs qui ne veulent pas de ce combat et qui font le choix politique d’aider les Algériens. Un réseau les soutient, il s’appelle « Jeune résistance ».
Défendre des causes et des femmes

Cela convient à Monique Antoine. Mais elle ne fait pas que soutenir les insoumis et les déserteurs, il lui arrive aussi d’héberger des militants algériens du FLN, ce qui lui vaudra une arrestation en 1961 et un enfermement de plusieurs mois à la prison de femmes « La Petite Roquette » d’où elle ne sortira qu’après la signature des accords d’Evian, en mars 1962. C’est pendant ces mois passés en prison que Monique Antoine comprend l’importance du rôle d’un avocat, métier qui sera le sien pendant près de quarante ans. Avocate, c’est-à-dire défendre des personnes et défendre des causes, inlassablement, au long de ces années, dans un mélange d’engagement, de générosité, d’humour et de modestie.

Monique Antoine ne cherchait pas les micros et les caméras, mais elle était là, et bien là. Là pour participer en 1971, avec Michel Foucault et Pierre Vidal-Naquet, à la création du Groupe d’information sur les prisons (GIP) ; là pour faire partie du collectif d’avocats qui, en 1972, défend, lors du procès de Bobigny, la jeune Marie-Claire qui avait avorté après un viol ; là pour cofonder, en 1973, notamment avec Jeannette Laot, alors membre de la direction de la CFDT, et Simone Iff, présidente du Planning familial, le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) et le présider jusqu’en 1975.

Après le vote de la loi Veil, Monique Antoine participe à d’autres combats, tandis que son appartement de la rue Vieille-du-Temple à Paris devient un des hauts lieux du Mouvement de libération des femmes (MLF) : combat des prostituées, et surtout combat contre le viol. Autre enjeu, mais toujours la maîtrise par les femmes de leur corps, maîtrise sans laquelle, pour Monique Antoine, il n’y a ni liberté, ni autonomie, ni même subjectivité.

Aux côtés de consœurs, en particulier Josyane Moutet et Colette Auger, elle se fait l’avocate de femmes violées, celles qui osent déposer une plainte, dénoncer leur violeur, se porter partie civile. Marque d’audace dans ces années où en France une femme violée est considérée souvent moins comme une victime que comme une coupable.

Retournant, à la retraite, vers ces terres ariégeoises qu’elle aimait tant, Monique Antoine a été une conseillère municipale assidue de la petite commune de Montbel, se réjouissant d’avoir obtenu la création d’une « Maison du lac » qu’elle ne pourra hélas pas inaugurer. C’est dans un joli cimetière d’où l’on aperçoit les Pyrénées que Monique Antoine sera inhumée, et qu’elle retrouvera ses parents et son mari, rencontré en 1963 lors d’un voyage dans l’Algérie indépendante, le médecin Daniel Timsit, petit-fils d’un grand rabbin de Constantine et militant du FLN, membre du premier gouvernement de l’Algérie indépendante, exilé en France après le coup d’Etat militaire de 1965.

Martine Storti (journaliste et écrivaine) 27 mars 2015.

http://lemonde.fr/disparitions/article/2015/03/27/disparition-de-la-feministe-monique-antoine-timsit_4602647_3382.html?xtmc=storti&xtcr=1

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