Les propos de « réarmement démographique » utilisé par le président Emmanuel Macron le 16 janvier 2026 a rencontré la colère des féministes.
Quelques réactions ci-dessous.
Extrait de la Chronique de Michèle Vianèes, association Regards de Femmes, 18 avril 2026.
On pourrait croire que tout commence au moment où l’on arrête la contraception. Mais une étude publiée dans The Lancet montre que tout se joue bien avant.
Des chercheurs ont interrogé plus de 5 000 personnes dans treize pays. Et malgré des contextes très différents, un constat s’impose : le facteur numéro un, ce n’est pas la biologie, c’est la santé mentale.
Le stress, l’anxiété, l’équilibre psychologique arrivent en tête, devant la santé physique, le soutien affectif et même la situation financière.
Autrement dit, avant de penser à avoir un enfant, beaucoup se demandent : « Est-ce que ma vie est suffisamment stable ? » Cette stabilité concerne des choses très concrètes : le logement, l’emploi, l’accès aux soins. Difficile de se projeter avec un enfant quand on vit dans la précarité ou dans l’incertitude.
L’étude montre aussi que l’environnement compte : la pollution, les conditions de travail, ou encore l’accès à l’éducation influencent directement les projets parentaux.
Et point important : cela concerne autant les hommes que les femmes. La santé avant grossesse devient une responsabilité partagée, au niveau du couple… mais aussi de la société.
Cette étude change notre manière de voir la santé. Les chercheurs ont identifié une quarantaine d’indicateurs, allant des maladies chroniques à la santé mentale, en passant par l’alimentation ou la précarité.
Résultat : la santé avant grossesse devient un reflet global des conditions de vie.
L’objectif des chercheurs est maintenant de créer un système international pour suivre ces indicateurs et mieux orienter les politiques publiques.
Car améliorer cette période, c’est agir en amont : prévenir les risques, améliorer la santé des parents… et celle des futurs enfants.
En résumé, faire un enfant aujourd’hui ne dépend pas seulement d’un désir.
Cela dépend aussi des conditions dans lesquelles on vit.
Et au fond, derrière les débats sur « le réarmement démographique » la vraie question est : est-ce que notre société crée les conditions pour donner envie de faire des enfants ?
La présidente fondatrice de la Fondation des femmes publie « La Panique démographique, une réponse féministe » (Les Petits Matins, 16 mars 2026).
Elle revient sur le concept de réarmement démographique d’Emmanuel Macron avec Maxime Sbaihi, directeur stratégique du Club Landoy, expert associé à l’Institut Montaigne.
Avec : Maxime Sbaihi, économiste et directeur stratégique du Club Landoy, think tank spécialisé sur les enjeux liés à la transition démographique et Anne-Cécile Mailfert, Fondatrice de la Fondation des femmes, ancienne Porte-parole d’Osez le féminisme.
« Réarmement démographique » cette expression utilisée début 2024 par Emmanuel Macron pour évoquer la nécessité, selon lui, de lutter contre la baisse de la natalité en France est restée gravée dans le débat public. Elle témoigne d’une « panique démographique », « une peur qui n’est pas tout à fait rationnelle », estime Anne-Cécile Mailfert, vendredi 17 avril, sur France Inter. La présidente et fondatrice de la Fondation des femmes développe ce concept dans son nouveau livre La Panique démographique, une réponse féministe (Les Petits Matins).
« Le terme ‘réarmement démographique’ est très mal choisi », abonde Maxime Sbaihi, directeur stratégique du Club Landoy et expert associé à l’Institut Montaigne, également sur France Inter. « Le ventre des femmes n’est pas un obus, les enfants ne sont pas des canons (…) il faut arrêter avec avec cette rhétorique », lance l’auteur du livre Les Balançoires vides : le piège de la dénatalité (l’Observatoire) qui préfère parler d’« effondrement ».
Les femmes ne sont pas « des usines ».
Le taux de fécondité est au plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale, avec 1,56 enfant par femme en moyenne, selon l’INSEE. « Même si évidemment je ne conteste pas la baisse de la natalité, elle prend une importance démesurée et elle vient nourrir les courants les plus conservateurs, les plus racistes, les plus eugénistes que nous avons en ce moment sur la planète », souligne Anne-Cécile Mailfert. Selon la militante féministe, « c’est un retour de bâton, une reprise de contrôle, en particulier sur le corps des femmes, qui se jouent devant nous ».
Anne-Cécile Mailfert appelle à refuser le « productivisme » demandé par le gouvernement. « On est en train de penser les choses comme si les femmes étaient des usines prêtes à produire des unités et qu’il fallait un certain nombre d’unités pour faire fonctionner un système » dénonce la présidente de la Fondation des femmes. Et d’insister : « Si jamais les femmes sont libres et heureuses, elles font moins d’enfants. Il ne faut pas forcément les forcer à en faire plus pour que ça tienne, il faut peut-être repenser les choses en profondeur. »
« Une grève des ventres à bas bruits »
Pour elle, « il faut peut-être prendre le temps aussi de peut-être réfléchir à nos principes politiques qui nous guident ». « À force de dire pour faire tenir le système, il faut des cotisants, pour défendre la nation, il faut des soldats, etc., je pense qu’il n’y a rien de plus désincitatif », lance la militante.
D’après les études démographiques qu’elle a consultées, « il y a un désir d’enfant qui est supérieur à la réalisation », explique Anne-Cécile Mailfert. Dans son livre, elle évoque « une grève des ventres à bas bruit » : « C’est une somme de décisions tout à fait individuelles. Il n’y a pas de pancartes, il n’y a pas de manif. Ce n’est pas une revendication au sens militant. »
Logements plus petits, revenus insuffisants
Maxime Sbaihi s’intéresse aux « causes très concrètes » qui poussent les Français à faire moins d’enfants, notamment la question du logement. « Dans les grandes villes françaises, un jeune payé au salaire médian, il a perdu 25 m² de surface habitable parce que les prix de l’immobilier se sont envolés », ce qui représente « deux chambres d’enfant en moins », assure l’économiste. Selon lui, « 80% des Français de moins de 35 ans veulent un enfant ou en ont déjà un et, en moyenne, la famille idéale, c’est deux enfants ». Ce qui signifie que « les gens veulent faire des enfants », mais font face à une « réalité qui interpelle » avec « le logement, le travail qui ne paye plus » alors qu’un enfant, « ça coûte de l’argent », rappelle le directeur stratégique du Club Landoy.
Un rapport parlementaire préconise le versement d’une aide universelle de 200 à 250 euros par enfant. « On ne fait pas des enfants par incitations fiscales ou parce qu’il y a un décret, ou il n’y a pas un bouton magique sur lequel on appuie », assène Maxime Sbaihi. « Ça aide à la marge, bien sûr, d’avoir les moyens, mais ça ne suffit pas », estime l’économiste.
Anne-Cécile Mailfert plaide pour que les parents aient plus de temps pour s’occuper de leurs enfants. « On va vers une vie tellement cadencée, tellement optimisée, où il faut être tout le temps ultra productif », dénonce la militante féministe. « Dans ce rythme de dingue, la vie dérange parce que la vie c’est des pauses, la vie c’est des siestes, la vie c’est des maladies, la vie c’est aussi des handicaps, la vie ça va être la vieillesse un jour et out ce qui n’est pas ultra productif aujourd’hui, ça vient déranger ce système fou dans lequel nous sommes. »
« Le réarmement démographique » : un retour aux valeurs natalistes ? (Extrait de la Newsletter Le Trait d’Union n° 15 mars 2024)
Baisse de la natalité en France : et si au lieu de parler « réarmement démographique », on parlait du « coût de la maternité » ?
Emmanuel Macron défend une « France plus forte par la relance de la natalité », en utilisant un discours guerrier et nataliste, lors de sa conférence de presse du 16 janvier 2024.
Faisant fi d’un siècle de luttes féministes pour mettre fin à l’assignation des femmes à la sphère familiale et domestique, il reprend par là-même un discours de l’extrême-droite sur le contrôle de la natalité et du corps des femmes.
Il fait aussi un lien – implicite – avec « le péril migratoire » qui nous menacerait, faute de main-d’œuvre suffisante… N’oublions pas le propos décomplexé du député RN Sébastien Chenu le 13 février 2023 : « Moi, je préfère qu’on fabrique des travailleurs français plutôt qu’on les importe. »
Baisse de la fécondité
Cette idée de « réarmement démographique » apparait dans un contexte de baisse de la fécondité : depuis la Seconde Guerre Mondiale, on est passé pour la première fois sous la barre symbolique des 700 000 naissances, avec 678 000 bébés en 2023, soit 6,6 % de moins qu’en 2022 et près de 20 % de moins qu’en 2010 (source INSEE) …
L’indice de fécondité est désormais à 1,68 enfant par femme, contre 1,79 en 2022 et surtout 2,03 dans les années 2010, où la France avait connu un pic de naissances.
Ce résultat est cependant à relativiser : la France reste en tête sur le plan européen. Mais surtout, le Président n’évoque pas les vraies raisons de cette tendance.
Des facteurs pluriels à l’origine de la baisse de la fécondité
La situation macro-économique, le contexte politique y compris international, ou encore les risques écologiques sont des facteurs structurels, contextuels qui amenuisent le désir d’enfant et se mêlent à d’autres variables plus individuelles.
Le non-désir d’enfants est aussi parfois le fruit d’un « choix sous contrainte » : en cas d’infertilité, mais aussi d’absence de conjoint ou de difficultés économiques personnelles.
C’est aussi parfois une forme de militantisme féministe héritier de la posture de Simone de Beauvoir, ou de plus en plus souvent, une forme de militantisme écologique.
À l’inverse, le rôle des politiques publiques, notamment en matière d’articulation des temps professionnels et personnels, peut favoriser ce choix.
En France, le fait que relativement à nos voisins nous ayons des modes d’accueil – encore insuffisants pour la petite enfance mais conséquents dès les 3 ans de l’enfant – a été un facteur favorable à la natalité.
Désormais pour une Française, travailler et avoir des enfants ne s’oppose plus comme auparavant, ou comme dans d’autres pays telle l’Allemagne où les femmes qui décident de faire carrière renoncent encore à la maternité.
Cependant, les entreprises ne facilitent pas toujours cette articulation des temps et les modes d’accueil sont loin d’être suffisants.
Parmi les autres explications peu étudiées, le « coût d’être mère » reste élevé et joue un rôle à ne pas négliger dans le refus d’avoir un enfant…
Le coût de la maternité
Le plus souvent, on invisibilise le fait qu’être parent pénalise les mères et non les pères. C’est ce que montre l’étude de la Fondation des femmes, « Le coût d’être mère ».
Dès l’arrivée d’un enfant, la carrière des femmes sera remise en cause en partie ou en totalité : selon l’Insee, une femme sur deux réduit ou interrompt son activité professionnelle à l’arrivée d’un enfant et un homme sur neuf seulement.
Les hommes au contraire, notamment cadres, font des carrières d’autant plus fructueuses qu’ils ont des enfants.
Ce coût d’être mère joue à plusieurs niveaux et moments :
- D’abord pendant la grossesse et durant le congé maternité, il y a des coûts invisibles comme des frais de santé non pris en charge, la garde-robe adaptée…
- Ensuite vient la question épineuse du mode d’accueil, toujours défaillant pour les enfants de moins de 3 ans, dont le coût reste élevé. 56% des enfants sont gardés principalement par leurs « parents », la mère dans la grande majorité des cas. Et pour 20 % d’entre elles, c’est faute de mode de garde à un coût supportable. ( Lire Un plan d’investissement pour protéger nos enfants)
Ce qui est surtout le cas des femmes aux revenus modestes.
Celles-ci ont accepté de prendre parfois le congé parental, avec une prestation (la Prepare) de 428 euros par mois, avec un risque de tomber dans la pauvreté et la précarité.
La réforme annoncée du « congé de naissance » devrait offrir un congé mieux rémunéré (mais à quel montant ?) et réellement partagé entre les parents, mais pour une durée très courte (on évoque 6 mois au total par enfant…).
Cette pénalité joue à long terme sur les revenus des femmes : selon l’Ined, « l’arrivée du premier enfant entraîne une chute relative du revenu salarial total de 40 % l’année zéro (cette chute inclut le temps passé en congé de maternité), et ensuite une pénalité durable de la rémunération annuelle totale de l’ordre de 30 % ».
Sans parler des heures de travail domestique et familial qui explosent pour les mères (+ 5 heures) et baissent pour les pères (-2 heures). Et plus ils et elles ont d’enfants, et plus l’écart se creuse, les pères acceptant (ou choisissant) davantage d’heures supplémentaires au fur et à mesure que le ménage s’agrandit…
On peut ainsi comprendre que pour de nombreuses femmes, ce coût de la maternité, qui s’ajoute à ce contexte anxiogène, ne les incite pas à avoir des enfants, ou peut-être qu’un seul ? Mais qu’en est-il des pères ?