1940-1944. Les femmes dans la Résistance
(Extrait revue Hérodote.fr 5 juillet 2023)
La Résistance à l’occupant pendant la Seconde Guerre mondiale a longtemps été perçue comme un phénomène exclusivement masculin. Cette vision s’est imposée dans la mémoire collective dès la fin du conflit, comme en témoigne le film de René Clément, La bataille du rail : retraçant la résistance des cheminots français entre 1940 et 1944, le film scelle l’image de la Résistance comme une expérience exclusivement virile, seulement fondée sur des actions d’éclat – sabotages de matériel, attentats, assassinats d’officiers allemands.
Pourtant, un grand nombre de femmes ont également fait partie de l’« armée des ombres » et joué un rôle non négligeable dans la lutte contre l’ennemi nazi. Certaines sont d’ailleurs aujourd’hui connues ou en tout cas reconnues, telles Lucie Aubrac, Germaine Tillion ou Danielle Casanova, dont les noms ont été donnés à des rues, des médiathèques ou des établissements scolaires. D’autres au contraire sont demeurées anonymes : engagées dans une résistance plus quotidienne, moins flamboyante, elles n’en ont pas moins contribué de façon déterminante à la victoire finale.
Catherine Valenti

Des femmes engagées
Les raisons de l’engagement des femmes dans la Résistance ne sont pas différentes de celles des hommes. C’est le refus de la défaite du printemps 1940 et de ses conséquences. Bien davantage que l’Appel prononcé le 18 juin 1940 par le général de Gaulle, que peu de Français ont alors entendu, c’est le discours de Pétain, radiodiffusé la veille, le 17 juin, qui a joué le rôle de catalyseur pour un grand nombre d’hommes et de femmes.
Faisant don de sa personne à la France « pour atténuer son malheur », le vainqueur de Verdun, tout récemment nommé président du Conseil, annonce aux Français que le combat est terminé, et qu’il s’est mis en relation avec l’ennemi afin de rechercher « les moyens de mettre un terme aux hostilités ».

Cette annonce d’un armistice va déclencher, chez nombre d’auditeurs du discours un rejet immédiat de ce qu’ils perçoivent comme une insupportable capitulation. Ainsi l’ethnologue Germaine Tillion, qui vient alors tout juste de rentrer à Paris après une mission d’étude de plusieurs mois en Algérie, retrouve la France plongée en pleine débâcle ; ayant fui Paris avec sa mère peu de temps après son retour, c’est sur les routes de l’exode qu’elle entend le 17 juin le discours du maréchal Pétain.
Submergée par le dégoût, elle cherche, dès son retour à Paris quelques jours plus tard, un moyen de résister. Prenant contact avec des camarades ethnologues qu’elle a connus au musée de l’Homme, un établissement qu’elle fréquente régulièrement depuis la fin des années 1930, elle participe dès la fin du mois de juin 1940 à la création du Réseau du musée de l’Homme, l’un des tout premiers réseaux de Résistance à apparaître sur le territoire français.

À Auch, le 17 juin, la jeune Jeanine Morisse écoute quant à elle l’allocution du maréchal Pétain en compagnie de quelques camarades d’Université : les jeunes gens, garçons et filles, sont bouleversées et révoltés. « Les larmes, les larmes, les larmes », se souvient l’ancienne résistante soixante ans après. « Pour nous, c’était la trahison », ajoute-t-elle.
Dès le lendemain, Jeanine et une quinzaine d’étudiants, garçons et filles, se réunissent à la bibliothèque d’Auch et se promettent « de lutter jusqu’à ce que l’envahisseur soit parti ». Ils se donnent même un nom, « À Bloc » – comme dans « gonflés à bloc ».
Tant féminin que masculin, l’engagement naît donc d’un refus de l’Occupation promise par le Maréchal Pétain. Mais rejette-t-on les Allemands parce qu’ils sont des étrangers qui occupent indûment le sol national, ou bien parce que ce sont des nazis, donc porteurs d’une idéologie perçue comme délétère ? Pour les femmes comme pour les hommes, la réponse à cette question dépend souvent du degré de politisation antérieur à la guerre.

La jeune étudiante toulousaine Raymonde Boix, peu voire pas du tout politisée avant 1940, évoque avant tout le rejet des Allemands en tant qu’occupants étrangers, qui réduisent la patrie en esclavage : « Nous avons tous été pris de ce sentiment de honte dévastatrice et de ce refus de l’Allemand, mais ce qui m’a poussée à m’engager, c’était de voir l’occupant piller et bafouer la France. S’engager, c’était défendre l’honneur de son pays. »