Episode 3 du podcast Luttes kurdes sur les féminicides politiques – La newsletter du podcast Luttes kurdes
Episode 3 du podcast Luttes kurdes sur les féminicides politiques, 12 juillet 2023.
Quatre. C’est le nombre de femmes kurdes assassinées sur le sol parisien entre 2013 et 2022. Fidan Doğan, Sakine Cansız et Leyla Söylemez en 2013. Emine Kara, en 2022.
Il y a 10 ans, le 9 janvier 2013 au 147 rue Lafayette à Paris, un assassinat à caractère terroriste et sexiste a enlevé la vie à trois femmes militantes emblématiques de la cause kurde : Sakine Cansız “Sara” (Co-fondatrice du PKK, Parti des travailleurs·ses du Kurdistan), Fidan Doğan “Rojbin” (Représentante du Congrès National du Kurdistan ou KNK) et Leyla Söylemez “Ronahi” (responsable des activités jeunesses du mouvement de libération kurde). Depuis lors, la justice n’a pas pu être rendue car les gouvernements français successifs refusent de lever le secret-défense qui permettrait à la justice de poursuivre son travail d’investigation. Le 23 décembre 2022 au 16 rue d’Enghien à Paris encore, dans les locaux du Conseil Démocratique Kurde en France (CDKF), c’est Emine Kara (responsable du mouvement des femmes kurdes en France) qui a perdu la vie. Le caractère terroriste de l’attaque n’a toujours pas été reconnu. Empêchant ainsi que des moyens plus importants soient débloqués pour faciliter le travail de la police et de la justice. Ces entraves ne sont pas des faits isolés. Ce sont des patterns, des modalités de dysfonctionnements qu’on retrouve de manière récurrente dans le traitement des assassinats de femmes et d’hommes politiques.
Le féminicide est un crime politique parce que tuer une femme parce qu’elle est une femme est un choix politique. Le féminicide politique se produit lorsque la victime est tuée à cause de son engagement, par exemple en tant que militante pour le droit à la terre. Mais comment définir ce qu’est une femme « militante » ou « politique »? C’est le défi auquel ont été confrontées les journalistes et chercheuses du collectif ‘Femmes à abattre’ dans leur enquête sur les féminicides politiques. Elles ont travaillé avec des datajournalistes et une équipe d’expert-es pour valider leurs résultats et établir des critères pour déterminer si un assassinat était motivé politiquement et genré.
Les victimes recensées étaient principalement des femmes militant pour les droits des femmes, mais aussi pour les droits LGBTQ+ et les droits humains en général. Les féminicides politiques sont souvent le résultat d’un continuum de violence, y compris des menaces et du harcèlement en ligne, qui sont souvent genrés et destinés à ternir la réputation de la victime. Les femmes activistes sont régulièrement la cible de ces violences, qui peuvent conduire à leur assassinat malgré des plaintes à la police.
Le travail de ces journalistes et chercheuses est crucial pour mettre en lumière la réalité des féminicides politiques et demander leur reconnaissance en tant que crime. Leur enquête a également mis en évidence l’échec des autorités à protéger les femmes après avoir signalé des menaces, ainsi que le manque de poursuites et de condamnations pour les auteurs de ces crimes. Mais malgré ces obstacles, les activistes continuent de se battre et de faire entendre leur voix. Les femmes ne seront pas réduites au silence, comme l’a montré l’exemple de Marielle Franco au Brésil.
