8 mars 2026 : L’autonomie des femmes afghanes et le défi du droit international

8 mars 2026 : L’autonomie des femmes afghanes et le défi du droit international

(extrait du Blog entre les Lignes, entre les mots 16 mars 2026)

La Journée internationale des droits des femmes est souvent présentée comme une fête. En réalité, le 8 mars nous rappelle que les droits ne sont jamais garantis de manière définitive. Ils sont défendus de génération en génération, et peuvent être démantelés décret après décret.

En 2026, aucun pays n’illustre cela de manière plus frappante que l’Afghanistan.

L’Afghanistan reste le seul État au monde où les filles sont officiellement exclues de l’enseignement secondaire à l’échelle nationale et où les femmes sont systématiquement exclues des universités, de la plupart des emplois publics et de la vie civique par décret d’État. Il ne s’agit pas d’une régression progressive. Il s’agit d’un effacement structuré.

Depuis août 2021, les autorités afghanes ont mis en place un système dans lequel le genre détermine l’accès à l’éducation, au travail, à la mobilité et à la parole. Les écoles secondaires restent fermées aux filles. Les universités sont interdites aux femmes. Les femmes ont été écartées de la plupart des postes du secteur public. Les organisations de la société civile dirigées par des femmes ont été restreintes. L’UNESCO confirme que l’Afghanistan est le seul pays au monde à appliquer une interdiction nationale de l’enseignement secondaire pour les filles. Le PNUD continue de documenter l’effondrement de la participation des femmes au marché du travail, parallèlement à une grave contraction économique et à une vulnérabilité croissante des ménages.

Prises ensemble, ces mesures font plus que restreindre les opportunités. Elles réorganisent la société autour de l’exclusion. Elles redéfinissent la citoyenneté elle-même.

C’est pour cette raison que le terme « apartheid de genre » est passé du langage militant à celui de l’analyse juridique structurée. En 2023, le Tribunal populaire sur l’apartheid de genre s’est réuni à La Haye pour examiner les politiques de l’Afghanistan. La Dre Rashida Manjoo, ancienne rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence à l’égard des femmes, a présidé le tribunal et rendu son verdict en décembre 2025. Le Tribunal a déterminé que le traitement réservé aux femmes par les talibans constituait une persécution systématique, intentionnelle et imposée par l’État sur la base du genre, équivalant à des crimes contre l’humanité. Il a en outre estimé que la situation présentait les caractéristiques structurelles d’un régime de type apartheid marqué par une ségrégation et une domination institutionnalisées, tout en reconnaissant que l’« apartheid de genre » n’était pas encore codifié comme un crime distinct en vertu du droit international existant. Pour cette raison, il ne peut actuellement faire l’objet de poursuites sous cette appellation sans une évolution juridique.

Le Tribunal a donc appelé à une clarification ou à une modification du droit international afin de reconnaître explicitement l’apartheid de genre et a exhorté les Nations unies, la Cour pénale internationale, les États et la société civile à agir de manière décisive. Il a surtout souligné que les femmes afghanes doivent être reconnues non seulement comme des victimes, mais aussi comme des titulaires de droits et des dirigeantes dans les processus de responsabilisation.

Le fondement juridique existe déjà en partie. L’article 7 du Statut de Rome définit la persécution fondée sur le genre, lorsqu’elle est généralisée ou systématique, comme un crime contre l’humanité, et décrit l’apartheid comme une domination institutionnalisée exercée sur un groupe. L’Afghanistan est un État partie prenante au Statut de Rome. Le cadre est en place. Les preuves d’une privation systématique sont manifestes. La question est de savoir si l’interprétation sera à la hauteur de la réalité.

Le 8 mars nous rappelle également que les Afghanes portent depuis longtemps le flambeau de la réforme et des droits au sein même de leur société et qu’elles l’ont transmis de génération en génération. La reine Soraya Tarzi s’est faite la championne de l’éducation des filles dans les années 1920, insistant sur le fait que le progrès national passait par l’alphabétisation et la participation des femmes. Des décennies plus tard, la Dre Anahita Ratebzad, l’une des premières femmes médecins d’Afghanistan et figure de proue du mouvement réformiste et militant pour les droits des femmes, a publiquement fait valoir que l’égalité d’accès des femmes à l’éducation, à l’emploi et aux services de santé était essentielle au développement national. Dans un article publié en 1978 dans le New Kabul Times, elle écrivait que ces droits n’étaient pas des privilèges mais des nécessités pour bâtir une société saine et moderne, rappelant ainsi que les revendications en faveur de l’égalité avaient été formulées par les Afghanes bien avant les débats contemporains. Après 2001, la Dre Sima Samar s’est employée à ancrer les droits des femmes au sein des institutions nationales et des cadres de responsabilité.

Ce flambeau ne s’est pas éteint en 2021. Il a changé de mains. À la suite des récents décrets, des militantes telles que Tamana Zaryab Paryani ont protesté publiquement contre les interdictions malgré les détentions et les intimidations. Au-delà des noms connus, d’innombrables femmes en Afghanistan et à travers la diaspora ont choisi de ne pas se réfugier dans le silence. Des enseignantes donnant des cours clandestins, des étudiantes poursuivant leurs études en secret, des avocates documentant les abus, des scientifiques et des écrivaines s’exprimant depuis l’exil : beaucoup auraient pu choisir la sécurité, la discrétion ou la distance. Au lieu de cela, elles utilisent toutes les tribunes et tous les privilèges dont elles disposent pour affirmer que l’exclusion ne définira pas leur avenir.

Ce combat n’a jamais appartenu à une seule génération. Il progresse chaque fois qu’une femme décide que le silence n’est pas une option.

La lutte pour les droits des femmes en Afghanistan n’a jamais été importée. Elle a été menée, articulée et défendue par les Afghanes elles-mêmes. Le système d’exclusion actuel n’est pas une tradition ; c’est une rupture avec un siècle de réformes menées de l’intérieur.

Les interdictions d’accès à l’éducation brisent la continuité du savoir entre les générations. Les interdictions universitaires excluent les femmes de la vie scientifique et professionnelle. L’exclusion de l’emploi affaiblit la résilience économique et renforce la dépendance. Lorsque la moitié de la population est systématiquement effacée de la vie publique, la gouvernance elle-même s’en trouve transformée. Les institutions se rétrécissent. Le pluralisme se contracte.

La Journée internationale des droits des femmes de 2026 n’est donc pas seulement commémorative. C’est un diagnostique.

Lorsque l’exclusion devient loi et que la domination devient politique, le droit international est mis à l’épreuve. La question n’est pas de savoir si les femmes afghanes continueront à résister, elles le font depuis des générations. La question est de savoir si l’ordre juridique mondial reconnaîtra la structure de leur exclusion avec la clarté qu’elle exige. Lorsque l’exclusion des femmes devient une politique d’État, elle ne viole pas seulement les droits ; elle démantèle l’ordre juridique, affaiblit les institutions nationales et fracture la continuité du savoir lui-même.

Dre Amna Mehmood, 8 mars 2026
La Dre Amna Mehmood est une scientifique de haut niveau et une enseignante en sciences dont les travaux portent sur le maintien de l’enseignement des STIM et de l’identité scientifique chez les femmes afghanes dans des conditions d’exclusion éducative. La Dre Amna Mehmood est biologiste moléculaire et scientifique de haut niveau à l’université Martin Luther de Halle-Wittenberg, en Allemagne.
https://zantimes.com/2026/03/08/march-8-2026-afghan-womens-agency-and-the-test-of-international-law/
Traduit par DE

 

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