Communiqué du mouvement des femmes kurdes en Europe

Nous condamnons avec une profonde colère les attaques atroces menées par des bandes fascistes, sous le couvert de « l’armée syrienne », dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashra eh à Alep. Nous dénonçons avec haine les politiques de guerre hypocrites de l’UE et des États-Unis, qui approuvent ces attaques et massacres inhumains commis au nom d’intérêts sordides.
Depuis le début de la guerre en Syrie en 2012, les quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashra eh à Alep ont développé leur autodéfense et résisté à la fois au régime baasiste et aux di érentes bandes fascistes djihadistes. Pourtant, à la suite d’un complot international, ils ont été occupés. Il est clair que cette attaque, planifée depuis un certain temps par des éléments de l’État turc, a reçu son aval lors des négociations israélo-syriennes tenues à Paris le 6 janvier 2026 sous la médiation des États-Unis. En particulier, le représentant américain pour la Syrie, Tom Barrack, et tous ceux qui se présentent comme des « médiateurs pour la paix et la stabilité » sont en réalité ceux qui ont fourni la couverture diplomatique de cette attaque illégale. Alors que les attaques génocidaires contre les Kurdes se poursuivaient à Sheikh Maqsoud et Ashra eh, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Antonio Costa, se sont rendus à Damas pour rencontrer Jolani en costume-cravate et Shaibani, agent de l’État turc ; ce faisant, ils ont encouragé les auteurs des massacres. L’Europe et les États-Unis ont ainsi montré une fois de plus que ce qu’ils entendent par « stabilité et paix » au Moyen-Orient signi e davantage de guerre, davantage de massacres et davantage de chaos. C’est pourquoi, en tant que femmes kurdes vivant en Europe, nous condamnons tout particulièrement les politiques hypocrites de l’UE, hostiles à la démocratie, aux droits et à la justice.
Les quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashra eh à Alep constituaient, en quelque sorte, une porte ouvrant vers l’intérieur de la Syrie les acquis de la Révolution du Rojava. Tout au long de la guerre, malgré toutes les di cultés, ils ont été une forteresse qui n’a pas cédé face au fascisme, aux atrocités et au génocide. Les habitants de ces quartiers ont souvent été privés de pain, d’eau et de carburant, sans jamais renoncer aux valeurs de la révolution. Avec des moyens limités, ils ont développé une organisation de société démocratique et leur autodéfense, donnant vie à la philosophie de la Nation
démocratique. Dans ces quartiers, où pendant treize années une construction et une résistance ininterrompues ont été menées sous la direction des femmes et des jeunes, c’est précisément ce mode de vie social et ce modèle d’autogestion qui ont été pris pour cible. Contrairement à ce qui est prétendu, la question n’est pas celle de « l’établissement du monopole de la violence dans une armée nationale unique ». Car ceux qui se regroupent sous le nom d’« armée syrienne » sont des bandes fascistes et misogynes telles qu’Ahrar al-Sham, Daech, Al-Qaïda et la SNA liée à l’État turc. Prétendre qu’une « Syrie démocratique » pourrait être construite avec eux et contraindre les peuples minoritaires de Syrie à se soumettre à ces forces revient à condamner une fois de plus à l’esclavage les peuples de Syrie qui aspirent à vivre libres et égaux. C’est précisément ce que l’UE, les États-Unis et les puissances régionales du Moyen-Orient cherchent à imposer. Qu’ils sachent toutefois que les femmes et les peuples ne permettront jamais que la révolution qu’ils ont bâtie au prix de grands sacrifices — le premier grand mouvement révolutionnaire du XXIe siècle — soit liquidée au pro t de leurs intérêts sordides.
Entre le 6 et le 10 janvier, durant cinq jours, une résistance épique s’est déployée à Sheikh Maqsoud et Ashra eh. Face à une armée féroce de plusieurs milliers d’hommes, à des armes lourdes et à une campagne de guerre spéciale et de désinformation sans précédent depuis le début de la guerre en Syrie, les forces d’autodéfense ont résisté héroïquement aux côtés du peuple patriote. Nous commémorons avec respect et gratitude les martyrs de la résistance d’Alep, qui ont donné leur vie pour une existence digne.
En attaquant avec des armes lourdes trois cents combattants de l’honneur, l’armée féroce a une fois de plus révélé, en commettant des crimes contre l’humanité à Sheikh Maqsoud, la mentalité qui l’anime. Cette horde de tueurs misogynes a montré qu’elle n’avait plus rien d’humain en s’en prenant aux corps sans vie des combattantes. Nous condamnons avec haine les crimes commis par ces bandes fascistes contre les femmes. Toutes les bandes animées par cette mentalité exterminatrice, qui ont massacré avec une cruauté extrême les résistants de l’autodéfense faits prisonniers, doivent être jugées pour l’ensemble des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre qu’elles ont commis. Sans que ces crimes soient élucidés et jugés, sans que justice et vérité soient établies, il
ne sera pas possible de passer à une nouvelle Syrie.
Ce dont les peuples de Syrie ont besoin, c’est d’un ordre démocratique. Une nouvelle Syrie ne peut être construite ni avec des baasistes barbus ni avec des bandes fascistes en costume-cravate. Pour une Syrie démocratique, inclusive et pluraliste, il faut avant tout reconnaître la volonté des peuples. L’occupation de Sheikh Maqsoud et Ashra eh doit cesser immédiatement et le droit des peuples à l’autogestion démocratique doit être reconnu. Les acquis obtenus au prix de grands sacri ces par les peuples doivent être protégés et défendus. Sur cette base, nous appelons les femmes kurdes vivant en Europe, les organisations de femmes, les organisations démocratiques et toutes les personnes animées par la morale et la conscience à élever la voix contre les attaques génocidaires menées à Alep, à interpeller leurs gouvernements et à participer aux actions qui seront organisées.
Mouvement des Femmes kurdes en Europe – TJK-E
11 janvier 2026