Survivre à la prison talibane (et autres textes)
(extrait du blog Entre les lignes, entre les mots, le 23 février 2026)
- Survivre à la prison talibane : Zarmina Paryani, d’étudiante en théologie à militante anti-talibane
- Elham Asadi : Une veuve à Daikundi : « Le sang de mon mari a été versé, et personne ne répond »
- Ghazaal Mohammadi : Comment les femmes afghanes contribuent à perpétuer une tradition artistique séculaire
- Zahra Nader : Quand l’intervention physique devient une « obligation religieuse »
Survivre à la prison talibane : Zarmina Paryani,
d’étudiante en théologie à militante anti-talibane
Depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, les femmes afghanes sont confrontées à l’une des répressions les plus impitoyables des libertés civiles de l’histoire moderne. Du jour au lendemain, elles ont été privées de leur droit à l’éducation, au travail, à la liberté de mouvement et à la liberté d’expression. Dans les semaines qui ont suivi la prise de pouvoir, des femmes ordinaires – enseignantes, policières, étudiantes et travailleuses de la santé – se sont mobilisées pour protester contre ces restrictions écrasantes, formant un mouvement spontané qui a fait preuve d’un courage extraordinaire.
L’une de ces femmes est Zarmina Paryani, une sage-femme diplômée dont l’histoire reflète à la fois le courage et la brutalité de la résistance. En janvier 2022, après avoir participé à des manifestations pour revendiquer ses droits fondamentaux, son domicile a été perquisitionné par les forces talibanes. Cette interview raconte son histoire dans ses propres mots.
ZT : Parlez-nous de votre enfance. Où êtes-vous née et dans quel type de famille avez-vous grandi ?
Paryani : Je suis née à Panjshir. J’ai grandi dans une famille musulmane pratiquante. À l’âge de cinq ans, j’ai commencé à fréquenter la mosquée et à suivre des cours de religion. Plus tard, lorsque nous avons déménagé à Kaboul, j’ai fréquenté une madrasa religieuse en plus de l’école ordinaire. Jusqu’à l’âge de 13 ans, je me rendais régulièrement à la madrasa et j’étais très investie dans mes études religieuses.
À Pariyan, une région reculée du Panjshir, seules les écoles religieuses étaient actives à l’époque. Nous devions fréquenter la seule école qui nous était accessible.
ZT : Quelle était l’opinion de votre famille sur l’éducation des filles ?
Paryani : Mon père tirait ses opinions directement de sa compréhension de l’islam. Tout ce qu’il disait était ce qu’il nous avait enseigné à toutes. Il croyait que les droits des femmes se limitaient à ce que la charia autorisait. Il disait : « Vous n’avez le droit que de faire ce que la religion vous autorise. »
Dans notre enfance, les droits des femmes étaient définis par ce que disaient le mollah et le prédicateur de la mosquée. Mon père était l’un de ces hommes. Tout ce qu’il exprimait reflétait ce qu’il croyait être prescrit par l’islam. À l’époque, je pensais de la même manière. Je lisais des livres religieux et j’essayais de comprendre ce que la charia m’autorisait en tant que femme, ce que j’avais le droit de faire et ce que je n’avais pas le droit de faire.
ZT : Les interprétations de la charia diffèrent. De votre point de vue à l’époque, que disait-elle ?
Paryani : À l’époque, le système était structuré de telle manière que nous acceptions tout ce qu’on nous disait. On nous enseignait que les femmes étaient « déficientes en intelligence ». Quand j’entendais cela, je pensais que c’était forcément vrai. Je pensais qu’il y avait peut-être vraiment un défaut dans notre existence.
Comme les enfants élevé·es dans les madrasas talibanes, nous acceptions tout sans poser de questions. J’avais 13 ans lorsque, lors d’une réunion de famille, j’ai porté une robe qui laissait apparaître une petite partie de mes jambes. De retour à la maison, j’ai fait une prière de repentance. Je croyais sincèrement avoir commis un péché.
ZT : Qu’est-ce qui a fait évoluer vos convictions et votre compréhension ?
Paryani : Au fil du temps et à mesure que je grandissais, ma mère, qui n’avait pas eu accès à l’éducation, nous encourageait à étudier et à progresser. Elle nous disait : « Atteignez un niveau où vous ne serez pas dépendantes d’un homme. » Je voulais moi aussi être indépendante, ne pas dépendre de mon père ou d’un futur mari. Je voulais étudier et pouvoir travailler.
Personnellement, je ne me suis jamais considérée comme inférieure à un homme. Plus tard, lorsque j’ai commencé à travailler aux côtés de mon père, j’ai réalisé dans la pratique que les femmes et les hommes n’étaient pas différents en termes de capacités.
Lorsque nous avons déménagé à Kaboul et que nous nous sommes inscrites à l’école, jusqu’à la fin de l’enseignement primaire, des parent·es et des habitant·es de Pariyan venaient voir mon père et le pressaient de nous retirer de l’école. Elles et ils disaient qu’il n’était pas approprié pour les filles d’aller à l’école. À l’époque, je ne comprenais pas ce qui leur donnait le courage de parler ainsi. Plus tard, j’ai compris qu’elles et ils tiraient leurs arguments de leur compréhension de la religion et de l’islam.
C’est lorsque j’ai été emprisonnée par les talibans que j’ai pleinement compris comment la religion pouvait être utilisée comme un outil, comment elle pouvait être manipulée pour opprimer les personnes. Pendant mon séjour en prison, ma perception de la religion a changé. Ma façon de penser a tellement évolué que lorsque j’ai été libérée, j’ai eu l’impression d’avoir laissé mes anciennes croyances derrière moi dans cette prison.
ZT : Lorsque vous avez rejoint les manifestations, quelle a été la réaction de votre famille ?
Paryani : Nous sommes allées manifester en secret. Personne à la maison ne savait que nous participions aux manifestations. Nos familles ne soutenaient pas les manifestations. Elles n’auraient certainement pas été d’accord. Mes sœurs et moi sommes parties sans en parler à mon père ni à nos proches. Nous n’étions pas les seules : toutes les femmes qui manifestaient le faisaient en secret et descendaient dans la rue sans en informer leur famille.
Nous nous disions : « Nous sommes des femmes. Quoi qu’il arrive, ce sera à nous d’en assumer les conséquences. » Nos familles ne sont jamais venues dans la rue pour nous soutenir. C’est pourquoi nous avons gardé le secret.
ZT : Que s’est-il passé lorsque votre famille l’a découvert ?
Paryani : Pendant les manifestations, nous portions des lunettes de soleil et des masques pour ne pas être reconnues. À mesure que de plus en plus de vidéos des manifestations étaient diffusées à la télévision, certaines personnes ont informé mon père que nous faisions partie des manifestantes. Il nous a fait jurer et a insisté à plusieurs reprises pour que nous ne participions plus jamais à des manifestations.
Il l’a pleinement compris lorsque nous avons été arrêtées. Le premier soir après notre libération, lorsque les talibans nous ont remis à notre famille, mon père a déclaré devant eux : « Tu étais médecin, pourquoi es-tu partie ? Tu aurais dû rester à l’hôpital et continuer ton travail. J’aurais préféré que tu ne protestes pas. Qu’est-ce que tu avais à voir avec tout ça ? »
Je n’ai rien dit. Je suis rentrée chez moi avec lui.
ZT : Que faisiez-vous avant le retour au pouvoir des talibans ?
Paryani : J’étais sage-femme. Je travaillais dans un hôpital.
ZT : Quels étaient vos espoirs et vos projets pour l’avenir ?
Paryani : Je rêvais de sécurité et de liberté. Je voulais porter les vêtements que j’aimais. J’espérais voyager dans une province lointaine avec des amis, mais cela n’a jamais été possible.
Le jour où les talibans sont arrivés, je n’arrivais pas à y croire. Je n’arrivais pas à croire que nous allions perdre même les petites opportunités que nous avions. Nous avions juste assez d’espace pour travailler ou étudier, et même cela nous a été enlevé.
ZT : Lorsque vous êtes allée manifester, que recherchiez-vous exactement ?
Paryani : Nous défendions nos droits individuels et humains. Nous scandions « du pain, du travail et la liberté ».
Au fil du temps, les talibans ont intensifié leur répression à l’égard des femmes. Ils interdisaient aux femmes qui ne portaient pas ce qu’ils appellent le « hijab taliban » de monter à bord des minibus publics. Ce code vestimentaire obligatoire a été l’une des principales raisons pour lesquelles j’ai rejoint les manifestations au début.
ZT : Sachant à quel point les talibans sont dangereux, qu’est-ce qui vous a poussée à manifester malgré tout ?
Paryani : Le premier jour où nous avons manifesté à Shahr-e Naw, lorsque j’ai regardé un combattant taliban dans les yeux pour la première fois, j’ai eu l’impression qu’un animal sauvage s’était échappé de sa cage et se précipitait vers nous. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je me retrouverais face aux talibans dans la rue comme ça.
Même avant l’effondrement, si les gens disaient qu’une certaine route était contrôlée par les talibans, j’évitais de l’emprunter pour ne pas les croiser. Mais ce jour-là, nous nous sommes retrouvées face à face avec un groupe de talibans très agressifs.
Lorsque vous vivez dans un pays où même votre vie normale vous est retirée, vous n’avez plus peur de rien lorsque vous revendiquez votre droit le plus fondamental : le droit de vivre. Lorsque vous n’êtes pas autorisée à vivre comme un être humain, lorsqu’un groupe comme les talibans vient et vous prend tout, je pense que nous avions déjà accepté la mort lorsque nous sommes allées là-bas.
ZT : Comment les manifestations ont-elles été organisées ? Qui était avec vous ?
Paryani : Nous étions des femmes ordinaires. Des amies qui se connaissaient déjà. Par exemple, cinq sœurs d’une même famille se sont réunies. Certaines ont amené leurs nièces, leurs cousines, leurs belles-sœurs, leurs collègues et leurs amies.
Nous avons créé des groupes de protestation sur WhatsApp, et ils ont grandi de jour en jour. Beaucoup de femmes se sont jointes à nous parce qu’elles avaient perdu leur emploi et étaient en colère. Alors que notre groupe s’agrandissait et que les manifestations prenaient de l’ampleur, nous étions en train d’organiser ce qui allait être notre dernière manifestation lorsque les talibans ont localisé notre maison.
Peut-être que quelqu’une parmi nous leur a donné l’adresse. Ou peut-être qu’une femme qui avait été arrêtée avant nous l’a révélée.
ZT : Avant votre incarcération, combien de fois aviez-vous manifesté ?
Paryani : Pendant près de six mois consécutifs, nous avons participé à toutes les manifestations organisées. Le 16 janvier 2022 a eu lieu notre dernière manifestation, qui fut aussi la plus importante. Le 19 janvier, nous avons été arrêtées.
Même avant cela, la pression et l’hostilité à notre égard s’étaient intensifiées dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il était clair qu’ils voulaient nous réduire au silence. À cette époque, la peur nous envahissait. La nuit, nous n’osions même pas allumer une petite lampe, afin que personne à l’extérieur ne sache que nous étions dans la pièce.
La nuit où ils sont venus chez nous, ils ont d’abord frappé doucement à la porte arrière. Puis ils ont enfoncé la porte et sont entrés de force dans l’appartement. J’étais là avec trois de mes sœurs. Nous étions seules lorsqu’ils nous ont arrêtées. Notre famille était partie ailleurs.
ZT : Que faisiez-vous la veille du raid ? Saviez-vous qu’une attaque était imminente ?
Paryani : Avant de passer à l’action, les talibans répandaient souvent des rumeurs. Par exemple, ils ont diffusé une photo de moi portant un tchador sur plusieurs pages affiliées aux talibans, affirmant que j’avais été tuée. C’était leur façon d’essayer de nous effrayer.
Cette nuit-là, ma sœur Tamana Paryani discutait avec d’autres femmes. Nous avions prévu de nous rendre au bureau des Nations unies. Hoda Khamosh avait appelé Tamana pour lui dire que les talibans étaient venus chez nous, mais nous ne comprenions pas vraiment ce qui se passait. Tamana a dit : « J’aimerais que nous ne restions pas ici cette nuit. » Puis elle a ajouté : « Ils ne peuvent pas nous emmener de force de notre propre maison. »
Une de mes sœurs est allée préparer du thé. J’avais ajouté des pétales de rose dans mon verre, dans l’espoir que cela m’aiderait à dormir. Puis nous avons entendu frapper à la porte. Ma sœur a appelé le gardien de l’immeuble, mais il n’a pas répondu. Les coups sont devenus plus forts, comme si quelqu’un frappait et donnait des coups de pied contre la porte. Cette nuit-là, nous avions l’impression qu’ils n’attaquaient pas la porte, mais nous. Rien que de me souvenir de ces détails me rend malade. Je les ai racontés dans de nombreuses interviews, et chaque fois que je les répète, c’est une forme de torture.
lorsqu’ils sont entrés dans notre chambre, j’étais terrifiée, mais pas à l’idée d’être tuée. J’avais peur qu’ils agressent mes sœurs au milieu de la nuit. Je voulais me jeter par la fenêtre. Mes sœurs m’ont suppliée de ne pas le faire, mais j’ai escaladé le balcon et j’ai sauté. J’ai atterri sur un morceau de métal sur le balcon du voisin. Une femme de l’appartement voisin m’a aidée à me relever, mais les talibans m’ont rattrapée et m’ont frappée avec la crosse d’un fusil, me demandant pourquoi j’avais sauté.
Ils nous ont toutes emmenées en prison. Nous avons crié, pleuré et appelé à l’aide. Mais les gens avaient éteint leurs lumières. Elles et ils regardaient en silence. Personne n’est venu nous aider. La maison était tellement encerclée que personne ne pouvait nous atteindre. Les forces talibanes étaient positionnées à l’intérieur de l’université Kardān, toute proche, et un char était stationné à l’intersection près de chez nous.
Tamana avait envoyé un message à un·e journaliste, qui lui a dit de filmer. Pendant que nous filmions, ils ont enfoncé la porte. Cette vidéo nous a sauvées. Ma sœur a jeté son téléphone et a essayé de sauter elle aussi, mais ils lui ont braqué un laser dans les yeux et l’ont arrêtée.
Ils nous ont filmés pendant notre détention et ont envoyé les vidéos à des groupes de discussion talibans. Ils ont affirmé que nous avions perturbé leur système, que nos manifestations avaient empêché l’arrivée des fonds d’aide et que nous avions insulté Dieu. Certains de ces religieux ont demandé que nous soyons lapidées pour servir d’exemple aux autres.
Ils ont filmé nos corps nus, les coups qu’ils nous infligeaient, dans le but d’effrayer les autres femmes et de diffuser ces vidéos. Mais lorsque la vidéo de Tamana a été diffusée sur Internet et que le public a appris ce qui s’était passé, ils n’ont plus pu nous tuer ni diffuser les vidéos qu’ils avaient tournées.
C’est grâce à cette vidéo que nous sommes sorties vivantes de prison. Elle a eu plusieurs effets : elle a dévoilé le vrai visage des talibans. Dans le passé, lorsqu’ils tuaient quelqu’un·e, ils enregistraient eux-mêmes la scène et la diffusaient afin de semer la peur et d’empêcher toute résistance. Lorsque notre vidéo a été diffusée, leurs porte-parole, Suhail Shaheen et Zabihullah Mujahid, ont affirmé qu’elle était fausse.
ZT : Parlez-nous de la prison.
Paryani : J’ai déjà beaucoup parlé de la prison. Chaque nuit que j’y ai passée m’a donné l’impression d’être dans une jungle. Chaque combattant taliban qui entrait dans la pièce me semblait être un animal sauvage debout devant moi. J’ai subi des traumatismes que je n’oublierai jamais, des traumatismes qui font que je n’oublierai jamais l’Afghanistan sous ce régime terroriste.
J’ai été détenue pendant 27 jours. Ils ne m’ont libérée qu’après avoir obtenu une garantie écrite. Ils ont dit que si nous protestions à nouveau, ils nous trancheraient la gorge. Après ma libération, mon père ne nous a pas autorisées à parler à qui que ce soit, même pas deux minutes. Il a dit qu’il avait donné sa parole et que nous n’avions pas le droit de donner des interviews.
Nous étions terrifiées. Je pensais que même s’ils nous avaient libérées, ils pourraient nous tuer dans une ruelle. Nous nous sommes cachées et avons changé de lieu de résidence. Nous ne laissions même pas mon père sortir de la maison avec son pakol [béret traditionnel en laine à gros bourrelets – NdT] , de peur qu’il n’attire l’attention.
Au bout de trois mois, nous avons obtenu des passeports. Les talibans avaient confisqué les nôtres. Lorsque mes deux sœurs et moi avons tenté de passer au Pakistan par Torkham, nous avons été à nouveau arrêtées à la frontière. Nous avons été détenues pendant dix jours. Depuis la frontière, j’ai été emmenée dans un bureau local, puis aux services de renseignement de Nangarhar. Plus tard, j’ai été transférée avec cinq hommes à la Direction 40 à Kaboul.
Après ma libération de la prison de la Direction 40, j’ai quitté l’Afghanistan illégalement, vêtu d’un chadari [vêtement avec une calotte brodée, souvent bleue, qui couvre entièrement la tête et le corps, ne laissant au niveau des yeux qu’une étroite meurtrière grillagée permettant de voir sans qu’aucun trait du visage ne soit discernable – NdT] pour me dissimuler.
ZT : Après votre emprisonnement, les talibans ont intensifié leur répression contre les femmes qui manifestaient.
Paryani : Oui. Les talibans voulaient s’assurer qu’aucune femme ne retourne jamais dans la rue. Leur répression a porté ses fruits. De nombreuses femmes ont été arrêtées et emprisonnées. Aujourd’hui, en Afghanistan, personne ne peut manifester ouvertement. Si des manifestations ont lieu, elles se déroulent à l’intérieur, les visages couverts.
La situation a atteint un point où une jeune fille peut être emprisonnée simplement pour avoir porté un hijab coloré. Et celles dont l’arrestation n’est jamais signalée peuvent disparaître complètement. Une jeune fille qui va en prison et qui est libérée constate souvent que même sa propre famille ne l’accepte plus.
ZT : Lorsque vous avez été emprisonnée, qu’ont dit vos proches et votre famille ?
Paryani : Après notre sortie de prison, mon père s’est disputé avec l’un de nos proches. Cette personne lui a dit : « Si tu étais un homme honorable, tu aurais tué tes filles après leur sortie de prison. »
ZT : Au cours des quatre dernières années, les talibans ont imposé de nombreuses politiques anti-femmes. Laquelle vous a le plus affectée ?
Paryani : L’existence d’un système fondamentalement anti-femmes est déjà suffisamment douloureuse. Sous la république, les gens avaient fini par accepter que toutes les femmes et les filles avaient le droit de travailler et d’accéder à l’éducation. Aujourd’hui, même les familles oppriment les femmes. Les pères, les frères et les maris parlent le langage des talibans. L’existence de ce système dit de la charia est la plus grande menace qui pèse sur les femmes.
ZT : Après avoir quitté l’Afghanistan, vous continuez à manifester. Pensez-vous que cela aura un impact ?
Paryani : Quand j’étais en Afghanistan, je savais à quel point il était difficile de manifester. Nous transportions nos banderoles dans des sacs noirs. Nous étions confrontées à d’innombrables dangers. Avant chaque manifestation, nous évitions de nous réunir toutes ensemble afin de ne pas être arrêtées en même temps.
Quand je suis arrivée ici, je n’ai pas oublié cette réalité. Pendant les jours où mes sœurs et moi étions emprisonnées, mon seul espoir était que quelqu’un·e, quelque part, élève la voix. Et c’est exactement ce qu’ont fait des centaines de milliers de personnes qui ne nous connaissaient même pas. Elles ont pris notre défense.
Maintenant que je suis ici, faire entendre ma voix me semble être la moindre des choses que je puisse faire, et je continuerai à le faire. Car rien n’a changé en Afghanistan. Notre protestation continue. Un régime et des crimes comme ceux des talibans ne deviendront jamais normaux à mes yeux. Même si cent ans passent, je sais que ce sont des terroristes.
ZT : Êtes-vous en contact avec des femmes en Afghanistan ? Quel soutien pouvez-vous leur apporter ?
Paryani : Oui, je reste en contact. Pour l’instant, je ne peux pas offrir beaucoup d’aide directe. Mais j’ai pu coordonner l’aide par l’intermédiaire d’organisations ou de personnes qui pouvaient apporter leur soutien. Pour l’instant, ce que nous partageons, c’est la solidarité. Nous n’avons pas plus de pouvoir que cela.
ZT : Comment voyez-vous l’avenir des femmes afghanes ?
Paryani : Je pense que quelque chose a changé cette fois-ci. Les gens ont compris qu’un groupe comme les talibans n’apporte pas la paix. Ils voient désormais que ces groupes, quelle que soit l’idéologie qu’ils revendiquent, ne font preuve d’aucune pitié envers la population. Ils violent les enfants. Ils privent les gens de leur pain.
J’espère que les gens ne donneront plus une autre chance à ces groupes.
ZT : Que pensez-vous du Tribunal populaire de Madrid ?
Paryani : Ce tribunal m’a donné l’occasion de dénoncer les crimes d’un groupe terroriste et extrémiste comme les talibans. Mon témoignage a été enregistré et documenté pour la postérité. Un jour, si les talibans prétendent n’avoir commis aucun crime, nos voix et nos témoignages serviront de preuves contre eux, de preuves que les personnes pourront leur opposer.
ZT : Êtes-vous menacée même ici ?
Paryani : Oui. Même ici, il y a des gens qui partagent l’idéologie des talibans. Ils vivent dans des pays laïques, mais dès qu’il est question des femmes, ils invoquent leur version de l’islam et de la charia. Je reçois des centaines de messages de sympathisants des talibans, de ceux qui prétendent défendre la charia et l’islam. Certains messages disent qu’il est plus facile de tuer une femme en Europe qu’en Afghanistan.
Chaque jour, lorsque je quitte ma maison, chaque fois que je donne un entretien, mon esprit et mon âme retournent à cet endroit. Je ressens encore de la peur. Certain·es appellent cela un traumatisme. Mais ce n’est pas seulement un traumatisme, c’est ma réalité vécue.
https://zantimes.com/2026/02/17/surviving-taliban-prisons-zarmina-paryani-from-religious-schools-to-one-of-the-faces-of-resistance/
Traduit par DE
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Une veuve à Daikundi :
« Le sang de mon mari a été versé, et personne ne répond »
Je suis une femme dont le monde entier a basculé un après-midi de printemps, en mai 2022. Je m’appelle Noria. J’ai environ 44 ou 45 ans, mais le miroir me renvoie l’image d’une femme qui semble porter sur ses épaules des siècles de souffrance. Je veux parler de l’époque où l’ombre de la terreur s’est abattue sur nous, les Hazaras. Elle ne s’est toujours pas dissipée.
Je suis l’épouse de Mohammad, un homme dont le seul « crime » était de cultiver la terre et de s’efforcer de gagner honnêtement sa vie pour sa famille. Mohammad était un agriculteur de 45 ans qui travaillait dur et dont toute la richesse se résumait à six enfants et quelques têtes de bétail. Nous vivions dans le village de Deh-e Naw Barkar, près de la frontière de l’Ajristan. Ce jour de printemps à Sawr, l’air était encore imprégné du parfum des fleurs. Comme d’habitude, Mohammad et moi avions emmené nos animaux paître dans les montagnes environnantes. Tout semblait calme jusqu’à ce que nous rencontrions soudainement un groupe de Kuchis [nomades pachtounes – NdT].
Dès que nous les avons aperçus, nos corps se sont mis à trembler. J’étais vraiment terrifié,e car je savais qu’ils ne nous feraient pas de quartier. Mohammad a remarqué ma peur et a essayé de rester calme pour éviter toute confrontation. « Rassemblons vite les animaux et redescendons au village pour éviter les ennuis », m’a-t-il dit. Mais nous n’avons pas eu le temps de déplacer le premier mouton qu’un des Kuchis a pointé sa kalachnikov sur Mohammad. Le coup de feu a résonné dans les montagnes. Les balles ont touché mon mari à la tête et dans le dos.
Je ne pouvais que crier, mais mon cri était étouffé par les montagnes impitoyables. J’ai perdu mon mari sous mes yeux, et je ne pouvais rien faire. En pleurant et en gémissant, j’ai couru vers le village. J’ai raconté aux gens ce qui s’était passé. Les hommes du village sont montés pour ramener le corps ensanglanté de Mohammad. Nous l’avons enterré. Mais avec lui, nous avons également enterré la paix et la sécurité de notre famille.
Après cela, nous avons cru que justice serait faite. Les habitants se sont rendus au bureau du district de Miramor et ont déposé une pétition, mais les fonctionnaires ne l’ont même pas regardée. Les villageois ont été contraints de parcourir la longue route qui mène aux autorités provinciales à Daikundi. Ils ont fait des allers-retours, mais là encore, sans résultat. Ils n’ont pas perdu espoir et se sont rendus cette fois-ci à Kaboul. À Kaboul, on leur a promis que l’affaire serait traitée, mais ce n’était qu’une promesse. De là, ils se sont rendus auprès des autorités provinciales à Ghazni. Les fonctionnaires de Ghazni ont déclaré qu’ils demanderaient aux autorités du district d’Ajristan d’enquêter. Pendant deux années entières, nous avons fait le tour des bureaux, mais nos demandes d’aide sont restées sans suite.
L’année dernière, lorsque les habitants se sont à nouveau rendus au bureau du district d’Ajristan pour demander justice pour le sang de Mohammad, les fonctionnaires ont tenu des propos stupéfiants. Ils n’ont pas nié le meurtre, mais ont déclaré sans vergogne : « Si nous devons examiner cette affaire, nous devons également tenir compte du fait qu’il y a de nombreuses années, vous avez tué des membres de notre communauté. » Nous avons compris qu’il n’y avait aucun espoir d’obtenir justice pour Mohammad lorsque les talibans ont déclaré que les habitants qui réclamaient justice devaient répondre des meurtres commis dans un passé lointain.
Les autorités talibanes n’ont fait aucun effort pour traduire le meurtrier en justice. Les Kuchis se sont partagé nos pâturages, et la zone où Mohammad a été tué est désormais sous le contrôle des personnes mêmes qui l’ont assassiné. Le sang de Mohammad a été bafoué, car nous n’avons personne au sein de ce système.
Je me retrouve désormais avec une maison vide et six enfants qui fixent mes mains du regard. Mon fils aîné est parti en Iran pour trouver du travail et échapper à cette situation. Mes autres enfants, dont trois filles, vivent à la maison et ont entre 10 et 20 ans. Notre situation économique est désastreuse. Nous avons perdu notre soutien de famille. Et maintenant, ces mêmes pâturages sont entre les mains des Kuchis, et nous n’osons même plus nous en approcher.
Mes enfants et moi sommes dans un état psychologique déplorable. Je fais des cauchemars toutes les nuits ; le moment des coups de feu, sa chute des rochers et les yeux sans vie de Mohammad ne quittent jamais mon esprit. Les Kuchis menacent constamment toute la communauté. Nous nous sentons encerclé·es. Nous n’avons nulle part où aller et personne n’entend notre voix. Je suis une femme de 45 ans qui voit tout notre héritage et nos pâturages être saisis.
Nous vivons dans des conditions extrêmement difficiles et ne savons pas quel sort nous attend, nous et nos enfants, demain. Telle est notre réalité dans la province de Daikundi, dans un endroit où la justice n’existe plus.
Elham Asadi, 19 février 2026
Elham Asadi, pseudonyme d’une journaliste indépendante en Afghanistan.
https://zantimes.com/2026/02/19/a-widow-in-daikundi-my-husbands-blood-was-spilled-and-no-one-answers/
Traduction DE
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Comment les femmes afghanes contribuent à perpétuer une tradition artistique séculaire
Dans l’ancienne citadelle qui domine la ville historique afghane de Herat, un groupe de femmes est assis à une table, pinceaux à la main, profondément concentrées. Sous la tutelle experte d’un maître peintre, elles apprennent à créer des peintures miniatures dans le style de Kamal al-Din Behzad, un artiste éminent qui a travaillé aux XVe et XVIe siècles et qui est reconnu comme un pionnier dans ce domaine.
Ces femmes, âgées de 18 à 32 ans, perpétuent une tradition séculaire de peinture miniature à Herat, un centre des arts et de la culture persans dont la grandeur ancienne est encore visible dans son architecture raffinée et ses mosquées aux carreaux complexes.
La ville était autrefois le lieu de résidence de Behzad, dont le style vivant et animé a influencé la peinture miniature dans toute la région et qui reste une figure vénérée, sa mémoire survivant dans les motifs délicats qui ornent les carreaux bleus recouvrant la mosquée centrale.
Les jeunes femmes de cette ville autrefois animée ont toujours étudié la peinture. Mais depuis que les talibans sont revenus au pouvoir et ont bloqué l’accès à presque toutes les possibilités d’éducation et de carrière pour les femmes, elles se sont tournées vers cet art en nombre toujours plus grand, cherchant dans la créativité l’épanouissement qui leur est refusé ailleurs.
La décision prise en décembre par l’UNESCO, l’agence culturelle des Nations Unies, d’inscrire ce style de peinture miniature lié à Herat sur sa liste du patrimoine culturel immatériel digne d’être préservé a donc été particulièrement bien accueillie par les femmes artistes, qui espèrent que cela permettra d’attirer une nouvelle attention et une nouvelle reconnaissance sur leur travail.
« Je suis très optimiste, car cela a pris une dimension mondiale », déclare Narges Azimi, une habitante de Herat qui peint des miniatures depuis six ans.
Elle dit avoir craint que ce style de peinture ne tombe dans l’oubli, ajoutant : « Je voulais le faire revivre et le mondialiser afin que tout le monde puisse reconnaître ce style. »
Comme de nombreuses et nombreux artistes afghans, Nawid Mashouf, miniaturiste et ancien professeur à l’université de Herat, vit aujourd’hui en exil. Sous le régime taliban, l’Afghanistan est devenu un endroit hostile pour les artistes, qui ne sont plus autorisés à représenter des figures humaines ou animales – un élément clé des miniatures traditionnelles – dans leur art.
Il a participé à la préparation des dossiers pour l’inscription de l’art miniature de style Behzad à l’UNESCO et estime que ce sont désormais les femmes qui le perpétuent à Herat, en faisant une forme de résistance vivante aux restrictions imposées par les talibans à l’art, à la culture et à l’éducation.
« Vous êtes les narratrices d’une histoire qui fait prendre conscience au monde qu’au XXIe siècle, il y avait des personnes aux idées pourries qui se sentaient coupables et en danger même face aux choses les plus insignifiantes », a-t-il déclaré à Rukhshana Media.
« Nous avons besoin de soutien »
La création d’une peinture miniature peut prendre entre un mois et un an. Elles sont vendues à la citadelle, mais sont principalement achetées par les touristes qui visitent la ville, car elles sont trop chères pour la population locale. En raison des règles strictes de ségrégation entre les sexes, il est particulièrement difficile pour les femmes de trouver un marché pour leurs œuvres. Par crainte des autorités talibanes, les femmes artistes cachent leurs œuvres et ne les montrent qu’aux touristes étranger·es.
« Nous avons besoin de soutien : le soutien des gens, des expositions en personne et la reconnaissance de notre travail », explique Fadia Amini, une étudiante de 18 ans qui apprend la peinture miniature de style Behzad et qui dit avoir choisi cette discipline parce que « c’est une forme d’art qui a besoin de nous, de personnes qui peuvent contribuer à son développement ».
Une partie de ce soutien provient des galeries de Herat qui travaillent avec des femmes artistes, parmi lesquelles Naiko Art, dont les élèves comprennent des diplômées universitaires qui ne peuvent pas travailler en raison des restrictions imposées par les talibans.
L’artiste Fawzia Ahmadi, 25 ans, a créé un cours de miniature dans un centre éducatif local où elle enseigne à des filles âgées de 9 à 11 ans.
« L’enthousiasme et l’énergie des filles ont dépassé mes attentes. Leur intérêt m’étonne », dit-elle. « Elles apprennent vite et veulent en savoir encore plus. »
Elle estime que l’art peut être un outil puissant pour faire entendre la voix de ces filles au monde entier. « L’apprentissage de l’art ne fait pas de distinction entre les garçons et les filles, car l’art est une voix puissante pour toute souffrance et toute beauté », dit-elle.
Masouf croit également au pouvoir transformateur de l’art.
Les talibans, qui appliquent une interprétation stricte de l’islam, ont interdit de nombreuses pratiques artistiques qui étaient au cœur de la culture afghane. Ils considèrent la musique comme interdite et ont confisqué et détruit les instruments de musique. Au cours de leur première année au pouvoir, ils ont fermé le département de musique de la faculté des arts de l’université de Kaboul et ont retiré les statues de la cour et des locaux de la faculté.
Pourtant, Mashouf est convaincu que l’art miniature peut survivre à leurs restrictions.
« La peinture miniature est si vaste et spirituelle que même si nous ne représentons pas de visages ou d’oiseaux… elle a toujours la capacité de changer et de se transformer », dit-il.
Ghazaal Mohammadi
https://rukhshana.com/en/how-afghan-women-are-helping-to-keep-a-centuries-old-artistic-tradition-alive/
Traduction DE
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Quand l’intervention physique devient
une « obligation religieuse »
Certains des changements les plus dangereux en Afghanistan se produisent discrètement, dissimulés dans des textes juridiques que peu de personnes en dehors du pays lisent attentivement.
Vous avez peut-être vu les gros titres concernant le nouveau code pénal des talibans, notamment ses dispositions qui légalisent de fait l’esclavage ou qui autorisent un mari à punir physiquement sa femme si elle rend visite à ses parent·es sans sa permission. Ces clauses sont choquantes. Mais elles ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans un projet délibéré visant à construire une société théocratique orwellienne, décret après décret, clause après clause.
Depuis sa prise de pouvoir, le chef suprême des talibans, le mollah Hibatullah Akhundzada, a publié des décrets visant à remodeler la société afghane selon la vision des talibans. En juillet 2024, il a approuvé la loi sur le vice et la vertu qui interdit, entre autres, aux femmes de montrer leur visage et de parler en public, et qui interdit les images d’êtres vivants. L’application de cette loi a varié d’une région à l’autre. À Kandahar, les chaînes de télévision ont fermé et les voix des femmes ont disparu de la radio. À Kaboul, les chaînes de télévision continuent d’émettre. Ces approches divergentes ont suscité des spéculations sur des divisions internes au sein des talibans.
Pourtant, les directives approuvées en août et décembre 2025 racontent une autre histoire.
La directive de décembre définit qui peut exercer les fonctions d’agent chargé de faire respecter la vice et la vertu et ce qu’il doit prêcher. Les agents doivent être des musulmans sunnites de l’école hanafite et ont pour instruction de prêcher l’obéissance au chef suprême, la vertu du djihad pour consolider le système islamique, le port du voile pour les femmes et le respect des parent·es et des relations entre mari et femme. Les personnes n’appartenant pas à l’école hanafite ne sont pas autorisées à prêcher.
La directive d’août ordonne la création de « comités d’application » dans toutes les provinces et tous les districts. Leur travail consiste à garantir le respect des règles dans toute la société, y compris dans les chambres de commerce, les usines, les universités, les écoles privées, les centres de langues et les ligues sportives. Ces institutions doivent s’aligner sur le ministère de la Propagation de la vertu et de la prévention du vice. L’espace civique autonome est officiellement supprimé. Tout ce qui touche aux affaires, à l’éducation, à la santé et aux loisirs est intégré dans un système de surveillance taliban.
La directive va plus loin. Elle déclare qu’il est du devoir de chaque musulman d’empêcher les « mauvaises actions ». Si quelqu’un est témoin d’un « péché majeur », il doit l’empêcher physiquement de ses mains ; s’il en est incapable, avec sa langue ; au minimum, en le détestant dans son cœur.
Lorsque l’État enseigne à ses citoyens que l’intervention physique est une obligation religieuse, il abaisse le seuil de la violence. Il brouille la frontière entre l’application de la loi et les actions collectives. Il invite les voisins à surveiller leurs voisin·es.
Le document fait l’éloge des responsables religieux de l’époque du prophète Mahomet qui fouettaient les contrevenant·es, détruisaient les livres, s’appuyaient sur des informateurs et punissaient sans procédure régulière. La surveillance et l’humiliation publique sont présentées comme des outils légitimes de gouvernance.
Le plus alarmant est peut-être l’intégration de la santé publique dans cette structure. Le directeur de la santé publique de chaque province est tenu de rejoindre les comités provinciaux chargés de faire respecter la loi. Lorsque l’administration des soins de santé est liée à la police morale, l’accès aux services médicaux risque d’être subordonné à la conformité idéologique. Dans un pays déjà confronté à de graves crises sanitaires, il ne s’agit pas d’une préoccupation abstraite.
Cette semaine encore, dans la province de Herat, un couple a voyagé pendant des heures pour faire vacciner son nouveau-né. À l’entrée de l’hôpital, deux agents talibans les ont arrêté·es. La mère ne portait pas de burqa, mais une robe longue et un tchador, qui est la tenue habituelle des femmes à Herat. Ces vêtements n’étaient pas acceptables pour les talibans. La famille a été refoulée. Les parent·es ont tenté d’expliquer que leur bébé avait besoin d’être vacciné. Cela n’a pas eu d’importance.
Elle et il ont fait du porte-à-porte dans le quartier jusqu’à ce que quelqu’une leur prête une burqa. Ce n’est qu’alors qu’elle et il ont été autorisé·es à entrer dans l’hôpital.
Ce qui se passe actuellement est une tentative systématique de construire un État moral fidèle au chef suprême des talibans, un État qui réglemente les croyances, la liberté d’expression, la liberté d’association et même la conscience privée. Les lois sont promulguées directement par le chef suprême, ne laissant aucune voie institutionnelle pour les contester.
P.S. : Cette semaine, nous avons annoncé la composition de notre conseil consultatif. Vous pouvez en savoir plus à ce sujet ici.
Avec toute ma gratitude,
Zahra Nader
Rédactrice en cheffe, ZanTimes
Courriel du 20 février 2026
Traduction DE