Edito Mars 2013

mardi 5 mars 2013
par  Ruptures
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Comment établir l’égalité des droits entre personnes homosexuelles et hétérosexuelles ?

Lors de sa campagne, François Hollande s’était engagé à mettre en œuvre une réforme visant à assurer l’égalité des droits entre personnes homosexuelles et hétérosexuelles, ce qui devait conduire à reconnaître l’homoparentalité. Il s’en est suivi plusieurs déclarations contradictoires de la part du gouvernement ; de vives réactions se sont manifestées posant surtout la question de la filiation.

La filiation fonde et garantit l’identité sociale de l’individu-e qui nait. Or, comme l’attestent les recherches des anthropologues et des historiens, celle-ci est établie de façon très diverse, prouvant ainsi qu’il s’agit d’une construction sociale. Par ailleurs, si toutes les formules de filiation sont envisageables, il faut qu’elles soient inscrites dans la structure sociale. Dans notre société, le modèle généalogique par le sang, c’est-à-dire le modèle biologique a longtemps prédominé. Or, d’importants changements ont eu lieu et les frontières établies se sont déplacées. Ainsi, dans le cas de l’enfant adopté la parenté sociale l’emporte sur la génétique ; le développement des familles recomposées, l’essor de la procréation médicalement assistée (PMA) constituent autant de nouvelles composantes de la parentalité. Ce qu’on appelle la famille n’est donc pas isolable de la société, de ses changements et de son évolution.

Les féministes qui ont toujours lutté pour obtenir l’égalité ne peuvent que soutenir fermement l’égalité des droits entre personnes homosexuelles et hétérosexuelles. La question qui se pose est : comment y parvenir ? Le mariage est-il la solution ? S’agit-il d’intégrer les nouvelles et les nouveaux venus à un ordre social inchangé ? Cet ordre est-il satisfaisant ? L’égalisation se fondant sur le droit commun, ne faudrait-il pas remettre en cause ce dernier ? Il semble bien que ce ne soit pas la tendance actuelle. Ainsi, lorsque la loi interdisant le travail de nuit aux femmes a été abrogée, rien n’a été fait pour recadrer, limiter ce travail qui, pourtant, est médicalement reconnu comme particulièrement néfaste à la santé de toutes et de tous. Quant au mariage, il donne certes des droits, mais il constitue aussi une dépendance dont d’ailleurs les femmes ont longtemps fait les frais.

Ce constat n’a rien de neuf. « Le mariage est une mauvaise action » telle était la thèse développée par une Américaine en réponse à un plaidoyer intitulé « Le mariage est une bonne action ». C’était en 1907. Cette femme s’appelait Voltairine de Cleyre ; c’était l’une des anarchistes les plus populaires, les plus respectées aux Etats-Unis entre 1890 et 1910 et dont les écrits ont été traduits en de nombreuses langues à son époque, mais seulement tout récemment en français. Féministe radicale, elle ne se satisfaisait pas « du sacrifice de la liberté individuelle dans le mariage ». Elle soutient par ailleurs la proposition suivante : « Un enfant peut être élevé aussi bien dans un foyer, dans deux foyers, ou dans une communauté ; la découverte de la vie sera bien plus agréable dans une atmosphère de liberté. Je n’ai aucune solution satisfaisante à offrir aux différentes questions que pose l’éducation des enfants, mais les partisans du mariage sont dans le même cas que moi. »

Le monde d’aujourd’hui doit beaucoup aux utopies d’hier. Nous ne devons pas perdre notre capacité à imaginer, à construire d’autres utopies qui, fortement ancrées dans la réalité, expriment les insatisfactions, les critiques de l’ordre établi et visent à inventer une société plus égalitaire.

Marie-Josée Salmon, Présidente du Collectif Féministe « Ruptures »
Monique Dental, Animatrice des activités en réseau dans la mixité.

(Bulletin du Réseau Féministe « Ruptures » n° 342-Mars 2013)