« Pourquoi la guerre est-elle anti féministe ? »

Février 2003
mercredi 14 janvier 2009
par  Administratrice
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Le Collectif Féministe « Ruptures » et son Réseau, engagés dans la réalisation des droits humains des femmes et du développement durable au niveau national, européen et international s’étaient déjà mobilisés il y a plus de dix ans pendant la crise du Golfe contre toute solution militaire tout en condamnant l’agression irakienne. Avec d’autres associations, nous avions pris l’initiative d’une « Lettre des citoyennes », largement signée et adressée au Président de la République, et avions exigé la tenue d’une Conférence internationale pour tenter de régler avec les peuples concernés les graves problèmes du Moyen-Orient.

Aujourd’hui, nous sommes parties prenantes de la Coordination nationale « Non à la guerre contre l’Irak : oui à un monde de Justice, de paix et de Démocratie au Moyen-Orient et dans le monde ». Nous avons conscience de représenter dans ces actions une grande majorité de femmes et d’hommes vivant dans notre pays : les sondages montrent amplement que les françaises et les français refusent toute participation de la France au conflit.

Nous appelons les femmes et les hommes vivant en France à se mobiliser pour empêcher cette guerre :

· parce qu’une guerre se révèlerait une catastrophe pour les femmes, les hommes et les enfants d’Irak, déjà très éprouvés par l’embargo ;

· parce qu’une guerre contre l’Irak pourrait avoir un impact dévastateur sur les peuples du Moyen Orient et des pays limitrophes ;

· parce que nous sommes conscient-es que la guerre moderne affecte de manière démesurée les populations civiles, en particulier les femmes et les enfants ;

· parce que nous savons que le processus de militarisation empêche l’investissement dans les droits humains, le développement social et l’égalité des sexes ;

· parce que nous nous sentons concerné-es par le fait que la violence envers les femmes et les jeunes filles dans des situations de conflits et d’après conflits est extrême, systématique et générale ;

· parce que l’expérience nous a appris qu’une culture de la militarisation fait taire les voix des femmes et les laisse impuissantes, obligées de supporter le plus gros de la guerre tout en accomplissant chaque jour des actions pour la paix et le développement durable au sein de leur communautés ;

· parce que dans toute l’Europe et au niveau international, tout en condamnant le régime dictatorial de Saddam Hussein, des associations de femmes, des ONG féminines, des militantes féministes disent « Non à la guerre contre l’Irak et stop à la militarisation ! » ;

· parce que la guerre ne ferait qu’ensevelir nos espoirs de liberté, de démocratie et encore plus dans les pays où la démocratie et la liberté restent enjeux de mobilisations ;

· parce que la décision du Président Busch est arbitraire : Busch ne représente pas 50% des électrices et électeurs américain-es qui, pour une grande part, n’adhère pas à son projet de guerre ;

· parce que la pression des Etats-Unis pour faire la guerre contre l’Irak veut ignorer toute autre solution, sape les mécanismes internationaux qui visent à défendre les droits humains élémentaires.
Pour toutes ces raisons, on aurait pu espérer en ce début du XXIème siècle, que les hommes qui continuent à monopoliser le pouvoir se montrent plus respectueux des droits humains.

Nous voulons nous engager pour une paix durable dans le monde entier et ne pouvons que manifester notre volonté pour qu’il soit mis fin aux violations des droits humains.

Nous avons aussi conscience de témoigner à travers ces positions et ces actions de notre solidarité avec les femmes en Irak, avec les femmes du monde entier opprimées, exploitées, humiliées. Cette guerre qu’on le veuille ou non oppose encore le Nord au Sud, les riches aux pauvres. Nos liens avec les féministes des pays arabes sont durement éprouvés à cette occasion, mais nous demeurons confiantes de la possibilité de nous renforcer dans cette épreuve. Ainsi, nous avons une pensée particulière pour les femmes palestiniennes et israéliennes qui luttent depuis si longtemps pour arrêter ce jeu de massacre, actions relayées par les rassemblements des « Femmes en noir » dans plusieurs villes françaises.

En dépit de toutes ces menaces, la vie doit continuer, nos luttes s’intensifier, nos résistances s’organiser.

Avec le Lobby Européen des Femmes, nous demandons :

· le rejet par tous les pays européens du soutien unilatéral à la politique des Etats-Unis ;

· que les gouvernements usent de leurs pouvoirs pour faire pression en faveur de la poursuite des négociations dans la perspective d’une résolution pacifique ;

· que la Charte des Nations Unies soit respectée en tant que base d’une coexistence pacifique ;

· que tous les Etats membres de l’Union européenne, les pays en voie d’adhésion à l’Union européenne et tous les autres pays européens exercent leur influence pour sommer l’Irak d’accepter les solutions politiques et le mandat des inspecteurs de l’O.N.U. ;

· et qu’ils veillent à la bonne application de tous les engagements de la résolution 1325 du Conseil de Sécurité de l’O.N.U. relative au rôle des femmes dans la résolution des conflits et à la paix durable.

A cette fin, nous proposons la tenue d’une Conférence internationale des femmes sur la paix organisée sous l’égide de l’O.N.U.

Monique DENTAL

Fondatrice du Collectif de Pratiques et de Réflexions Féministes « Ruptures », animatrice de ses activités en Réseau.

(Article paru dans le Journal La Marseillaise, Chronique « Regards de Femmes » février 2003).

Le Collectif Féministe « RUPTURES » et son réseau dans la mixité est une association loi 1901, membre du Collectif National pour les Droits des Femmes, de la Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF), du Comité Permanent des Associations Abolitionnistes du Système Prostitutionnel, de la Marche Mondiale contre le Violences et la Pauvreté. Contacts : c/o Maison des Femmes de Paris 163, rue de Charenton 75012 PARIS Téléphone : 01.42.23.78.15 courriel : monique.dental@orange.fr